2 – La décision

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Résumé des épisodes précédents

Guillaume Pétrie vient de gagner les élections municipales du petit village de Rives en Bellongues. Sur son programme figure la constitution d’un espace naturiste, censé booster le tourisme dans le village. La candidate battue, Babette Bonnet, s’oppose à ce projet n’y voyant que des inconvénients.


— Alors frérot, content ?

C’était Simon, le frère de Guillaume et son bras droit à la ferme, qui levait un verre à la santé du nouveau maire. Depuis la retraite de leurs parents, Simon et Guillaume avaient repris l’exploitation. Cela faisait maintenant une dizaine d’années qu’ils travaillaient ensemble. En plus des bovins, ils faisaient de l’élevage de moutons et de brebis et avaient deux gites, dont s’occupaient Marie et Anne, leurs épouses respectives.

Quand ils avaient décidé de monter les gites, la question du naturisme s’était posée. Avec des parents naturistes, Simon et Guillaume avaient été élevés dans l’acceptation de la nudité sociale et communale. En accord avec leurs épouses et après consultations de leurs parents, ils avaient convenu que les terrains des gites seraient clos pour permettre la pratique du naturisme, sans en faire pour autant une condition sine qua non.
Un bon trois-quarts des vacanciers qui venait étaient naturistes et appréciaient l’intimité du jardin, l’autre quart n’en avait cure. Ils avaient en revanche rendue claire que la nudité était bienvenue et que les propriétaires l’étaient souvent aux beaux jours. Tout locataire était prévenu : il entrait en terre naturiste. Cette règle avait d’ailleurs converti de nombreux vacanciers au fil des années, qui, confrontés à la nudité décomplexée des propriétaires et des autres vacanciers, tombaient aussi souvent chemises et pantalons.
L’exploitation de Guillaume et Simon, ainsi que leurs gites étaient connus comme étant le domaine des culs nus dans la région. Pour une majeure partie de la population du village et des alentours, cela n’avait aucune importance, tant les deux couples étaient gentils et serviables, toujours prêts à aider leur communauté.
C’était d’ailleurs ce qui avait sans aucun doute mené à la victoire de Guillaume à la mairie. Lui et Anne avaient le cœur sur la main, toujours prêts à rendre service, sans rien demander en retour. Ce soir, Simon était fier de son petit frère.

— On ne peut pas être plus content, répondit Guillaume. Sans toi, Marie et Anne, cela n’aurait pas pu être possible.
— Ne sois pas si modeste, cette victoire c’est la tienne. Et puis, je suis content que tu aies battu la Bonnet. On avait bien besoin de lui rabattre son caquet à celle-là.
— Elle n’a pas dit son dernier mot. Elle est au conseil municipal, ne l’oublie pas.
— Vue la gueule qu’elle tirait et comment elle est partie en pétard, je ne pense pas qu’elle l’oublie. D’ailleurs, tu lui as dit quoi pour qu’elle se barre comme une furie ?
— Pas grand-chose. Elle m’a demandé si j’allais proposer la création d’un espace naturiste et je lui ai dit que oui. Ça ne lui a pas plu.
— Tu penses, coincée comme elle est. Ce n’est pas demain qu’on la verra à poil. Je suis sûr qu’elle ne va jamais à la plage, elle préfère ses treillis pour aller chasser avec sa bande de sauvages.
— Quoi qu’elle fasse, il faudra composer avec elle. Je ne m’attends pas que ce soit une bataille facile. Mais je pense qu’un espace naturiste, ça pourrait attirer des vacanciers et donner un coup de boost au village l’été. On a bien besoin de faire rentrer plus d’argents dans les caisses. Il y a tant à faire.
— Tu crois vraiment qu’un espace naturiste va faire venir des gens ?
— Tu sais, avec les préoccupations écologistes, le réchauffement climatique et le retour vers la nature, je ne serais pas surpris que le naturisme retrouve un élan dans les années à venir comme cela s’est passé au moment des décisions du Cap et de Leucate. Alors, on se positionne et on voit ce que ça donne. Si jamais, ça ne marche pas comme prévu, on pourra toujours reconfigurer en camping à la ferme classique, même si je trouverais ça un peu triste.
— Et pourquoi ne pas déclarer tout le village zone naturiste, comme le village naturiste du Cap d’Agde ?
— C’est un peu exagéré ! Et puis le modèle du Cap n’est pas le bon. Ce n’est que du béton et du libertinage. Il faut quelque chose à vocation familiale et entièrement naturel.
— Justement, tu fais devenir Rives le premier village naturiste du monde. Pas de barrière, pas de ticket d’entrée, un village nature, dans lequel le naturisme n’est pas que toléré, mais encouragé !
— Je ne suis pas certain que tous les habitants soient d’accord.
— Ils t’ont élu ! Tu étudies la proposition et puis tu vois. Je pense que tant qu’à combattre la Bonnet et ses acolytes, autant lui clouer le bec une bonne fois pour toutes.
— C’est à voir. Il faut que j’y réfléchisse.
— C’est tout réfléchi Guillaume. Faire de Rives le premier village naturiste, c’est envoyer un signal fort et écrire l’histoire. Écoute, consulte qui tu veux, mais fonce !
Guillaume souriait en pensant aux rues peuplées de naturistes, déambulant nus, faisant leurs courses dans le même appareil. Il adorait ces moments passés dans les villages naturistes pendant les vacances pour la liberté totale de mouvement. Pouvoir faire ça chez lui avait un attrait indéniable.
— Tu as peut-être raison Simon. Tant qu’à défendre une décision, allons au plus haut et faisons de Rives un village nature et naturiste. Tu m’as presque convaincu, même s’il faut que je dorme sur l’idée. Et puis, il faudra que je convainque le conseil.
— Fais ton enquête. Prends ton temps. Va voir la fédé, discute avec les spécialistes du domaine, ceux qui vivent du naturisme, et puis monte un dossier en béton. Si tout le monde voit ce que ça peut apporter à Rives, tu auras la majorité. Et puis quelle victoire ? Tu feras le Vingt Heures de TF1 avec ça ! Guillaume Pétrie, le maire du premier village naturiste français ! Tu feras des émules, c’est sûr et certain !

Guillaume restait pensif. Il voyait bien le résultat final et souriait intérieurement aux multiples avantages de pouvoir se déplacer nu dans le village et aux alentours. Il ne se doutait cependant pas encore ce qui l’attendait comme complications, coups bas et petites mesquineries. Le chemin n’allait pas qu’être long et compliqué, il serait semé d’embûches, toutes plus violentes les unes que les autres.

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