La nudité n’a rien de remarquable

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Si de prime abord, le titre de ce billet peut interpeller, il veut le faire surtout pour banaliser la nudité. En effet, dans nos sociétés, la nudité est sexualisée à l’extrême, au travers de la publicité et maintenant des réseaux sociaux, Instagram en tête. N’étant ni anthropologue, ni sociologue, mais un simple naturiste appréciant la nudité quotidienne et sociale, je ne peux que m’interroger. On sait, médicalement, que la honte du corps engendre toute sorte de syndromes psychologiques et physiques. Nous savons que notre peau a besoin de respirer, d’être exposée au soleil. Alors, pourquoi faire de notre nudité un état tabou, sale, pervers qu’il nous faudrait cacher et dont il faudrait avoir honte ?

Quand on l’accepte pour ce qu’elle est, c’est-à-dire, un état normal, naturel et confortable, la nudité disparaît et ne se remarque plus. Elle redevient ce qu’elle devrait toujours être. Elle n’est plus remarquable !

Nudité et sexualité

« Viens t’habiller, tu ne vas pas rester tout nu, quand même, ce n’est pas bien ! » Voilà l’injonction que nous entendons souvent dans la bouche des mères et pères de jeunes enfants à la plage. La nudité, ce n’est pas bien ! Répétez ça sous forme d’injonctions pendant plusieurs années, le message s’ancre alors profondément, la nudité c’est un état à fuir. Ajoutez-y pendant la jeune enfance et l’adolescence, un zest plus ou moins prononcé de perfection Photoshopée et de Pornhub, vous avez alors le cocktail parfait pour terminer l’association nudité-sexualité.

Pour les milieux religieux, on peut y substituer la bienséance, les injonctions vestimentaires et le tabou de la sexualité pour, somme toute, arriver au même résultat. Dans la tête d’une majorité de personnes, la nudité est tabou, car empreinte de sexualité, qu’il convient de conserver dans l’intimité de la chambre à coucher. On pourrait alors conclure : la messe est dite ! Fermez le ban ! Mais revenons en arrière.

Laissons notre enfant gambader tout nu sur la plage. Déshabillons ses parents aussi. Ils sont nus à la plage. De retour chez eux, ils déambulent nus entre la salle de bain, la cuisine et le salon. Sans être naturistes, ils ne voient pas le corps comme quelque chose de sale. Ils l’expliquent à leur enfant et à chaque phase de son développement, passent du temps pour lui expliquer le corps, les sensations, ce qui relève du privé et surtout le laissent découvrir son corps sans honte ni fausse pudeur, en lui expliquant la limite entre sentiments et comportements sexuels et non sexuels. Ce n’est pas une vue de l’esprit. De nombreux parents font ceci, ce qui permet aux enfants de grandir sans honte du corps et sans rechercher une perfection à tout cran.

La nudité simple n’a rien de sexuel. Ce n’est pas parce que je suis nu, mes parties dites intimes à la vue de tous et toutes, que je vais me mettre à sauter sur tout ce qui bouge pour avoir une relation sexuelle. C’est tout l’inverse pour un naturiste. La nudité n’a rien de sexuel en soi. Le désir sexuel est libéré de la vision du corps nu. Les anti naturistes prennent cet argument pour combattre la nudité. Pour eux, le désir peut s’exprimer dans la chambre à coucher en raison de la découverte de la nudité. Elle est le déclencheur de la relation sexuelle. Ce sont aussi les mêmes qui expliquent que la vraie beauté n’est pas visible, c’est celle du cœur. Allez comprendre !

Perversion et équilibre

Pour ceux que la nudité repousse, qu’ils veulent confiner dans l’intimité de la chambre à coucher pour cause d’association avec la sexualité, se mettre nu de façon sociale et décomplexée est une perversion. Les naturistes sont des pervers polymorphes. Il faut sans aucun doute l’être pour se dénuder et « exhiber » pénis, vulve ou seins, ces parties du corps qualifiées de diaboliques. Car en fait, le vrai problème est là. Les parties dites intimes sont des organes sexuels. C’est, d’une part, oublié un peu vite leurs autres fonctions, d’autre part, leur accorder une importance qu’ils n’ont sans doute pas plus que les mains, le nez ou les genoux.

Je ne souhaite pas parler ici de sexualité. N’étant ni sexologue ni sociologue, je ne me sens pas compétent pour juger de la relation que chacun entretient avec sa sexualité. Je pense cependant que plus on tente de cacher quelque chose, plus on en augmente la tentation et on crée une aura de mystère. Non pas qu’il faille la rendre publique, elle reste, à mon avis, du domaine de l’intime. Mais, il est important de reconnaître que la sexualité est une partie intégrante de la vie, qu’elle n’a rien de sale ou de pervers en soi, tant qu’elle est pratiquée par des adultes consentants. C’est le consentement qui fait toute la différence.

Faisons l’exercice intellectuel de dissocier nudité et sexualité. Imaginons pouvoir être nu sans éprouver de désir sexuel. Il est vrai que pour certains, ceci est impossible, tant l’association est forte. Si cela vous semble difficile, je vous conseille de voir le film Vivre Nu de Robert Salis ou Educating Julie (en anglais). Vous y verrez des naturistes vivre normalement, pratiquer des activités de tous les jours, dans la nudité la plus totale. Ces films ne montrent pas de dangereux désaxés ou pervers sexuels, mais des personnes normales, vivant normalement, simplement nues.

Vivre Nu, À la Recherche du Paradis Perdu [Version intégrale]

Alors, il y a des questions qui se posent quand on fait cet exercice de séparation de la nudité et de la sexualité. Par exemple, admettre que le naturiste est normal, est-ce nier l’existence d’exhibitionnistes et de voyeurs ? Non, pas du tout. Si je ne suis pas qualifié pour dire si exhibitionnisme et voyeurisme sont des perversions, ce sont, je pense, des pratiques sexuelles qui ne doivent exister qu’entre adultes consentants. Si certains tirent du plaisir sexuel à voir d’autres personnes nues, ils sont le choix de fréquenter les clubs échangistes pour assouvir leurs plaisirs. De même pour les exhibitionnistes. Ces pratiques, sexuelles, n’ont pas leurs places en milieu naturistes. Point.

Être nu en société, c’est d’abord et avant tout s’accepter tel que l’on est et accepter l’autre tel qu’il est. C’est faire preuve d’un équilibre psychologique qui permet de ne pas accorder d’importance au paraître. Il est de notoriété que les naturistes se regardent dans les yeux. Ils ne se dévisagent pas ni ne cherchent à montrer leur statut social par leurs vêtements de marque. La nudité sociale n’est donc absolument pas une perversion, mais une preuve, s’il en était, de maturité mentale, émotionnelle et psychologique. En acceptant la nudité simple et en la décorrélant de la sexualité, le corps n’est que l’enveloppe de notre âme, de notre moi, de notre être, de notre vie.

Simplicité et confort

Être nu est confortable. Cette affirmation prend son sens quand cette nudité ne s’accompagne d’aucune arrière-pensée. Nu, la peau respire, aucune contrainte vestimentaire ne vient frotter ni contraindre. Accepter sa nudité c’est accueillir le confort non seulement un confort physique, mais aussi psychologique. Ce dernier élimine la honte du corps et celle de ses imperfections. Pour tous ceux qui le ressentent, c’est un bonheur incroyable.

La nudité est aussi souvent associée à la simplicité et au minimalisme. Dénudé, je me débarrasse de ce qui m’est inutile. Je retrouve une forme de simplicité de la vie, des rapports humains et de ceux à mon environnement. Pourquoi associer nudité et simplicité ? C’est une association qui m’est venue alors que je lisais le livre de Marie Kondo, la magie du rangement.

Dans ce livre, l’auteur nous explique comment simplifier notre chez-soi, à commencer par notre armoire. Appréciant les intérieurs dépouillés, j’ai commencé à me débarrasser de nombreux objets et vêtements, pour ne conserver que ceux qui me rendaient vraiment heureux. Étant particulièrement heureux quand je suis nu, l’association m’est venue naturellement. J’étais entrain de, littéralement, dénuder mon intérieur et mon armoire. La simplicité et le minimalisme me sont alors apparus comme des formes de sophistication bienheureuse. Fruits de la recherche d’un équilibre tant physique que psychologique.

Si le confort de la nudité est un point commun à une majorité de naturistes et nudistes, la simplicité n’est pas toujours recherchée. Pourtant elle est bien là. Quoi de plus simple que de ne porter aucun vêtement ? Je lisais récemment un article qui expliquait pourquoi certains leaders comme Mark Zuckerberg ou Steve Jobs portaient toujours les mêmes vêtements : la diminution de leur charge mentale. Ne pas avoir à choisir des vêtements le matin leur permet de se focaliser sur ce qui importe pour eux. Je ressens la même chose avec la nudité. Je ne me pose pas la question de la chemise, du short ou du maillot de bain à porter. Et si je dois me la poser, la réduction de ma garde-robe aux seuls vêtements qui me rendent vraiment heureux contribue à la simplification de ma vie, dont la nudité fait partie intégrale.

Alors, oui, être nu est confortable et simple à vivre, y compris au quotidien. Ce faisant, être nu devient un état que l’on ne remarque plus. La nudité est désexualisée, normalisée devrais-je dire, rendue à qu’elle devrait toujours être, un état naturel, simple et confortable, dont on peut profiter dès que les vêtements ne sont pas nécessaires.

Dénudez-vous, restez nu, vivez nu et partagez l’amour du naturisme.

Photo from PxHere, CC0 Public Domain

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