21 – Le soulagement

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Précédemment

— Cet homme, demanda Guillaume devant le portrait-robot, tu l’as déjà vu ?

— Non.

— Moi non plus, pourtant, cette cicatrice au poignet, elle n’est pas commune.

— Quelle cicatrice au poignet ?

— Une cicatrice en travers du poignet, comme celles qu’ont les personnes qui se sont tranchées les veines pour se suicider.

— L’homme qui m’a demandé sa route en début de semaine en avait une comme ça. Je me suis d’ailleurs demandé ce que c’était.

— Quand est-ce que c’est arrivé, demanda Guillaume en se redressant sur sa chaise ?

— Lundi ou mardi, je ne suis pas sûre. J’étais partie faire quelques courses à vélo en passant par les chemins et il marchait, une carte IGN à la main. Il m’a arrêté et nous avons discuté quelques instants. Mais je suis sûre que ce n’était pas la même personne, il avait de la barbe, était roux et avait les yeux verts. Je me suis même dit qu’il ressemblait au portrait que je me faisais de Barbe Rousse. Il a tiré une carte IGN de la région, la même que celle que tu regardais hier, et m’a demandé s’il était bien là où il croyait être, puis il est parti. Et effectivement, il avait une telle cicatrice au poignet droit.

— Regarde bien le visage. Tu es certaine qu’avec les cheveux roux, une barbe et des yeux verts, ce n’est pas la même personne ?

— Je ne sais pas Guillaume, je ne sais pas. Et puis qu’est-ce que ça change ?

— C’est un indice supplémentaire. Il faut que tu le donnes à la police. On va les appeler.

Quelques heures plus tard, un nouveau portrait-robot était publié. Les deux visages avaient des traits identiques. On aurait dit deux personnes différentes, alors qu’il s’agissait peut-être de la même. Le propriétaire d’un chalet dans les Pyrénées appela. Il avait loué pour une quinzaine de jours son chalet à un homme qui ressemblait à celui du second portrait. Il avait payé cash en avance en disant qu’il était venu vers des randonnées en raquette. Il faut dire que le chalet était isolé. Il n’en fallut pas plus pour déclencher le départ d’un groupe de policiers en civil.

Ils garèrent leur voiture à un bon kilomètre du chalet. Le chalet était effectivement isolé, à l’orée d’un bois de conifères. Le propriétaire avait fourni les plans et il avait l’avantage de ne pas être très grand. Un salon qui faisait aussi office de salle à manger sur lequel s’ouvrait une petite cuisine à l’Américaine, et deux chambres à l’arrière séparé par un petit couloir et une salle de bain. Quatre couchages au total. Il semblait évident que les enfants, s’ils étaient là, se trouvaient dans la chambre de droite qui avait deux petits lits.

Les policiers se séparèrent en deux groupes. Leur objectif était avant tout de reconnaître les lieux et de vérifier si les enfants avaient des chances de s’y trouver. Arrivé en visuel, le premier groupe se mit à couvert et observa à la jumelle la maison. De la fumée sortait par la cheminée et un homme fumait une cigarette sur le perron. Ce n’était pas celui du portrait-robot. Il semblait plus petit. Il était blond, les cheveux coupés ras, le nez épaté comme celui des boxeurs et des petits yeux qu’il plissait comme pour se protéger du soleil.

Il écrasa son mégot dans un cendrier qu’il avait dans la main et retourna dans la maison. Le couple de policier se remit en marche. Il était convenu qu’ils iraient demander de l’eau pour remplir leur gourde comme pourrait le faire tout randonneur assoiffé. La journée était belle, cela n’aurait donc rien de suspect et leur permettrait de jeter un coup d’œil à l’intérieur.

L’homme qu’ils avaient vu à la jumelle leur entrouvrit la porte. Il prit leurs gourdes et referma la porte avant de la rouvrir, en l’entrebâillant. Impossible de voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Les voilages étaient tirés aux fenêtres. Ils remercièrent l’homme et repartirent avec un goût amer dans la bouche. Ils avaient fait chou blanc et avaient grillé leur cartouche. Cependant, l’attitude de l’homme incitait au doute. Il avait quelque chose à cacher.

Une voiture était garée en contrebas du chalet. Ils relevèrent le numéro et obtinrent l’information qu’il s’agissait d’une voiture de location, récupérée en début de semaine dernière à l’aéroport de Montpellier par un certain Cyrek Kaczmarek, citoyen polonais. Kaczmarek était un nom commun en Pologne, en revanche le passeport utilisé s’avéra être un faux. L’étau se resserrait et les indices semblaient concorder. Le groupe d’intervention de la police de Toulouse se mit en route.

Cyrek Kaczmarek avait donné un numéro de téléphone lors de la location de la voiture. Le négociateur du GIPN le composa. Il tomba une première fois sur une boite vocale, mais raccrocha. Il tenta une seconde fois. On décrocha.

— Allo ? Une voix caverneuse répondit.

— Cyrek Kaczmarek ?

— Oui, répondit la voix avec un soupçon d’hésitation.

— Ici l’agence Avis de Montpellier. Je vous appelle parce que je voulais confirmer que vous rendiez bien le véhicule le 21.

— Oui, c’est ça.

— Et vers quelle heure, s’il vous plait ?

— En fin de journée, 17 heures.

— Ah, très bien.

Un technicien fit un signe au négociateur : il n’avait suffi que de quelques secondes, la triangulation était terminée, le téléphone était bien dans le chalet.

— Je vous remercie, monsieur Kaczmarek. Passez une bonne journée.

La porte du chalet s’ouvrit et l’homme roux sortit, alluma une cigarette et s’appuya sur la balustrade de la terrasse, scrutant l’horizon. Il était clairement dans la ligne de mire d’un des tireurs d’élite. En revanche, pas de trace de l’autre homme, si autre homme il y avait, se dit alors le capitaine qui commandait le groupe d’intervention. Il fallait s’assurer du nombre avant de pouvoir intervenir. Il n’avait aucune certitude qu’ils soient deux, voire trois ou quatre, ni que les enfants se trouvent enfermés ici. Ils n’avaient que des indices et aucune preuve.

Il ne leur fallut cependant pas longtemps à attendre. La porte s’ouvrit de nouveau et l’homme du portrait-robot rejoignit son compagnon. Il alluma aussi une cigarette et les deux hommes se mirent à discuter. Celui qui devait être Kaczmarek semblait agité. Le coup de téléphone sans doute se dit le capitaine.

S’ils étaient deux, c’était le moment d’agir, deux coups de feu synchronisés et s’en était fini. Cependant, s’ils étaient trois, c’était des enfants qu’il en était fini. Il ne pouvait prendre aucun risque tant qu’il ne saurait pas combien ils étaient. Alors qu’il réfléchissait, les images infrarouges de drone arrivèrent. Heureusement que l’isolation du chalet était loin d’être parfaite. Malgré la chaleur diffusée par la cheminée, on pouvait clairement distinguer quatre tâches de chaleur. Deux étaient, comme prévu, dans la chambre de droite, et les deux autres étaient dans le salon. La photo avait été prise il y avait quelques minutes alors que les deux hommes étaient à l’intérieur. Le capitaine avait deux choix : faire abattre les deux hommes et parier que les deux autres silhouettes étaient celles des enfants. Attendre un moment plus approprié pour investir les lieux et tenter de saisir les deux hommes vivants. Les PGM Ultima dont étaient équipés ses tireurs d’élite n’étaient pas faits pour blesser, mais bien pour tuer. L’onde de choc provoquait irrémédiablement un arrêt cardiaque. Au cas où la victime était plus solide que prévu, le calibre utilisé, le fameux 7,62, faisait tellement de dégâts que les chances de s’en sortir vivant étaient quasi nulles.

Tirer maintenant était éliminer la chance de pouvoir remonter la piste des motifs. Il appela son second et ils décidèrent ensemble d’attendre la nuit. Les hommes relâchèrent leur attention et l’attente commença. Dès que la nuit fut tombée, le capitaine recevait les images infrarouges toutes les minutes. Le plan était simple. Dès qu’ils seraient certains que les deux hommes étaient immobiles dans le salon ou dans la chambre et le salon, et que les enfants étaient seuls, un commando investirait la maison en faisant le maximum pour éviter d’ouvrir le feu avec l’intention de tuer.

Au moment donné, un groupe de quatre hommes parti vers la porte d’entrée. Chacun avait un rôle bien défini. Un autre groupe était parti vers l’arrière de la maison pour éviter une fuite qui pourrait potentiellement passée par une des fenêtres. Le capitaine donna l’ordre d’intervenir dès que les deux commandos furent en place. Tout se passa en moins de vingt secondes. La porte fut défoncée, l’homme roux assis sur le canapé n’eut pas le temps de saisir son pistolet qu’il se retrouvait ceinturé et mis en joue, Kaczmarek qui était allongé sur son lit en train de regarder une vidéo pornographique sur son téléphone n’eut pas non plus le temps de lâcher son téléphone pour attraper son arme.

Aucun coup de feu ne fut échangé. Une fois les hommes menottés, un des policiers alla récupérer les enfants qui dormaient paisiblement dans leurs lits. Le capitaine appela le préfet pour l’informer de la réussite de l’opération. Ce dernier appela à son tour Guillaume et Anne. Quelques heures plus tard, la famille était réunie au CHU. Les médecins allaient vérifier qu’ils étaient en bonne forme physique et mentale, avant de leur permettre de rentrer chez eux.

La population de Rives était soulagée, la famille Pétrie aussi. La joie n’allait cependant qu’être de courte durée.

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