Le grand fossé : pourquoi les naturistes adorent être nus alors que les non-naturistes font la grimace

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J’ai récemment eu une discussion animée avec un non-naturiste au sujet du naturisme. Je me suis alors demandé pourquoi voir des personnes nues suscitait des sentiments si forts chez certains d’entre nous. Ce billet est le résultat d’une réflexion et de recherches sur les raisons pour lesquelles les naturistes aiment être nus, alors qu’une majorité de textiles ne penserait jamais à se mettre nue et a du mal à voir les autres nus.

Pour les naturistes, se dévêtir et vivre nu est une évidence. C’est une forme de liberté naturelle et normal. Pourtant, les non-naturistes reculent à l’idée de se dévoiler, même sur une plage isolée ou au sein d’un espace naturiste. Ce grand fossé entre l’acceptation ou le rejet de la nudité sociale découle d’attitudes et de valeurs profondément enracinées.

En tant que naturiste de longue date, cela fait des décennies que je me délecte de la joie d’activités naturistes récréatives. Que ce soit en randonnée ou en me détendant sur une plage ensoleillée sans rien entre moi et la nature, sauf la caresse du soleil sur ma peau nue, le naturisme semble naturel, exaltant et profondément libérateur.

Pourtant, beaucoup de ceux que j’ai invités à me rejoindre dans mes aventures sans aucun vêtements ont poliment décliné, incapables d’imaginer transcender les inhibitions ancrées depuis l’enfance à propos de la nudité, voire m’ont pris pour un pervers et un fou. Une épaisse membrane sociétale sépare les naturistes des non-naturistes. Mais ce fossé n’est pas impossible à combler, avec de la patience et de la compréhension des deux côtés.

Pourquoi les naturistes abandonnent leurs sous-vêtements sans souci

Pour les naturistes, porter une constellation de taches de rousseur et de courbes sur la peau au lieu de vêtements est notre normalité. Mais qu’est-ce qui nous permet de nous sentir si à l’aise dans notre plus simple appareil ? Je citerais ces principaux facteurs :

Normalisation

Nous, naturistes, faisons de la nudité sociale une partie régulière de la vie au sein de notre communauté. Que ce soit en nous détendant dans des centres naturistes ou en participant à des randonues, nous avons normalisé le fait d’être nu. Pour nous, les corps nus ne sont ni sexuels ni tabous. Ils sont joyeux, ordinaires, naturels. Une exposition continue nous a désensibilisés à l’inconfort initial et a effacé les inhibitions.

Acceptation du corps

Les naturistes ont tendance à avoir une image corporelle saine. Nous comprenons que les vrais corps humains ont des imperfections et des variations qui ne nécessitent aucune dissimulation. Nous nous concentrons moins sur les défauts et plus sur la merveille de notre anatomie. Avec des images idéalisées omniprésentes dans les médias, il est difficile d’atteindre une véritable acceptation de son corps, mais le cadre positif du naturisme aide énormément.

Valeurs différentes

Les naturistes considèrent que les vêtements sont physiquement et psychologiquement inutiles dans de nombreuses situations. Nous apprécions les plaisirs sensoriels d’être nu à l’extérieur, la chaleur du soleil et la brise sur la peau nue. Pour nous, la pudeur signifie avoir un comportement respectueux, et non couvrir son corps. La nudité est naturelle, pas indécente. Nos valeurs découlent des origines européennes du naturisme au début des années 1900, lorsque certains médecins préconisaient les bienfaits pour la santé de prendre des bains de soleil nus et d’être plus proches de la nature sans vêtements.

Communauté

Pour moi, les centres et espaces naturistes comblent un profond besoin de communauté, un lieu pour s’unir avec des personnes qui partagent mes valeurs et mon amour de la nudité sociale. Il y a une connexion instantanée et une vulnérabilité favorisées par le fait d’être nu ensemble. Lorsque les barrières sont levées, vous êtes en relation avec les gens de manière simple et intime, appréciant la personnalité et le caractère plus que le statut social ou l’apparence physique. C’est libérateur de se faire des amis qui me voient non pas comme je parais à l’extérieur pour le monde habillé, mais qui connaissent et acceptent mon vrai moi.

Pourquoi les non-naturistes frémissent à l’idée de tout dévoiler

La plupart des sociétés enseignent que notre état naturel doit être caché. Les humains ont évolué en portant des vêtements par nécessité de protection et de réchauffement, pourtant nous attribuons maintenant aux vêtements des significations sur le statut, l’autoprésentation et le pouvoir sur les autres. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup frémissent à la nudité sociale lorsque la honte du corps naturel semble ancrée.

Voici certains des principaux obstacles empêchant les non-naturistes de franchir le pas:

Tabous intériorisés

Les non-naturistes assimilent la nudité à la sexualité et à l’indécence. Ils peuvent désirer une stricte pudeur pour des raisons religieuses ou culturelles. La pensée d’être nu même avec d’autres adeptes suscite des sentiments de gêne et de vulnérabilité inculqués depuis l’enfance. Laisser les autres voir leur corps nu viole des tabous puissants.

Honte corporelle

Les non-naturistes sont plus enclins à critiquer leur apparence physique et à s’efforcer d’atteindre des standards de beauté irréalistes. La perspective de mettre leurs imperfections en évidence déclenche une honte intense. Les médias renforcent le message selon lequel les défauts humains normaux sont répugnants, alimentant l’auto-conscience qui rend la nudité sociale inimaginable.

Peur du jugement

Les non-naturistes s’inquiètent beaucoup de la perception des autres. Le regard des gens habillés leur semble critique. Sans vêtements envoyant des signaux sur leur identité sociale, les non-naturistes craignent de se sentir exposés, impuissants. Se dévêtir signifie affronter l’inconnu : comment les autres me verront-ils si ce n’est à travers le prisme de mon apparence soigneusement orchestrée ?

Inconfort face au changement

Sortir de sa zone de confort provoque de l’anxiété. Pour la plupart des non-naturistes, cette zone est fermement délimitée par les vêtements. Les habitudes ancrées depuis le jeune âge ne changeront pas facilement. La peur de la différence paralyse. Changer les comportements et mentalités enracinés nécessite d’affronter ses peurs, une imprévisibilité accablante pour beaucoup.

Manque de communauté

Trouver un soutien social façonne la capacité à essayer de nouvelles expériences. Contrairement aux naturistes qui ont des clubs et des réseaux, les non-naturistes qui tentent seuls des activités nues sont logiquement intimidés. S’engager sur un chemin inconnu est intimidant sans guides qui l’ont déjà emprunté auparavant. La possibilité d’apprendre en toute sécurité auprès de mentors expérimentés facilite le changement.

Inciter les non-naturistes vers l’acceptation du corps

Avec empathie, les naturistes peuvent expliquer de manière réfléchie pourquoi se dénuder leur a apporté joie et liberté. Voici des suggestions pour favoriser de manière sensible l’acceptation du corps et l’intérêt pour les activités naturistes chez les amis et la famille non-naturistes :

Montrez l’exemple

Les actes parlent plus que les mots. Modélisez calmement l’acceptation de soi et l’aise avec votre propre nudité sans l’étaler. Éveillez la curiosité en décrivant vos merveilleuses expériences naturistes ou en partageant des livres et blogs naturistes intelligents et positifs sur le corps.

Trouvez un terrain d’entente

Cherchez des intérêts communs offrant des portes d’entrée plus faciles, comme l’amour de la nature des naturistes, leur préoccupation pour l’écologie, leur intérêt pour les voyages. Soulignez comment le naturisme s’aligne sur des valeurs comme la liberté, la santé et la communauté. Aidez à rendre le naturisme moins intimidant en le reliant à des causes qui leur tiennent à cœur.

Allez-y doucement

Surmonter un malaise ancré depuis longtemps nécessite de la patience. Suggérez des plages naturistes ou des saunas mixtes où la nudité est autorisée mais pas obligatoire. La possibilité de se déshabiller à leur rythme aide à prendre confiance. Préparez-vous à des démarrages et arrêts avant que la nudité en public ne devienne naturelle.

Offrez des réassurances

Soulignez la beauté des corps de toutes les formes, tailles, âges et capacités. Notez que la plupart des naturistes ont des imperfections, mais s’acceptent joyeusement tels qu’ils sont tout en profitant de la vie. Fournissez la sécurité et le soutien nécessaires pour apaiser les réserves persistantes.

Concentrez-vous sur les sentiments

Plutôt que de débattre directement de la nudité, partagez combien il est incroyable de se baigner nu sous les étoiles ou de randonner nu dans les bois. Les joies émotionnelles et sensorielles que vous vivez sont ce qui compte le plus, au-delà de l’idéologie. Menez avec les immenses plaisirs du naturisme.

La patience est la clé

Semez des graines d’intérêt, mais laissez le temps aux anciennes croyances d’évoluer. Ceux imprégnés d’attitudes répressives sur le corps ne se transformeront pas du jour au lendemain. Avec de petites touches d’informations validant la beauté de leur moi naturel, leurs mentalités peuvent progressivement commencer à changer.

Franchir le grand fossé

Pour les naturistes, accepter la nudité signifie accepter la liberté dans sa forme la plus pure. Mais pour les non-naturistes, se déshabiller suscite trop de honte et d’anxiété inculquées depuis l’enfance.

Ce grand fossé persiste parce que les êtres humains gravitent vers le familier. Pourtant, nous renfermons tous des multitudes, curieux d’idées étrangères qui semblent délicieusement grisantes. Avec soin et sagesse, les naturistes peuvent éclairer un chemin vers la libération des attentes étouffantes tissées dans les vêtements. Le voyage nécessite patience, compassion et compréhension des deux côtés.

Cependant, vous devez garder à l’esprit que certaines personnes ne seront jamais prêtes à faire ce voyage avec vous. Elles n’accepteront jamais de voir ou d’être autour de personnes nues. Cela provoque en elles un tel sentiment de malaise qu’elles préféreront partir plutôt que d’accepter leur propre vulnérabilité. C’est triste dans un sens, mais cela rappelle que chaque personne est différente et trouver des compromis est parfois difficile.

Mais les humains aspirent à des espaces qui honorent notre vulnérabilité et nos imperfections partagées. Où nous dépassons les jugements superficiels pour entrer dans le cœur exposé et tendre de notre humanité. Pour ceux prêts à franchir ce fossé, un monde nu de connexion et de joie les attend.

Dénudez-vous, restez nu, vivez nu et partagez l’amour du naturisme !

Photo Obakeneko, CC BY 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by/3.0>, via Wikimedia Commons

2 Commentaires

  1. bonjour je pratique le naturisme que depuis 4 ans j’en ai 69 dans les côtes d’armor après plusieurs essais sans oser vraiment j’ai fini par y arriver pensant ne pas être dans une norme maintenant je vais sur une plage très fréquentée dommage en solitaire mais je m’y trouve très bien j’y suis à l’aise merci à bientôt

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