Chaque naturiste aime s’imaginer parfaitement naturel dans la nature : calme, libre, harmonieux, totalement à sa place dans le paysage. C’était à peu près l’image que j’avais de moi en commençant cette randonue.
Le sentier était tranquille, la lumière superbe, les oiseaux chantaient, une brise légère passait entre les arbres. Pendant presque sept minutes pleines, je me suis senti profond. Je ne marchais pas seulement dans la forêt. Je communiais avec elle. Dans ma tête, j’étais l’une de ces figures naturistes sereines qui glissent dans la nature avec une dignité sans effort.
Puis j’ai entendu un craquement sec dans les buissons juste devant moi, et j’ai aussitôt oublié toutes mes nobles pensées.
Je me suis figé.
Ma première hypothèse n’a pas été : « probablement un oiseau ». Ce n’a même pas été : « peut-être un autre randonneur ».
C’était : « ça y est . La forêt a enfin envoyé une délégation officielle pour examiner mes choix de vie ! »
Alors je suis resté parfaitement immobile, en essayant d’avoir l’air de quelqu’un qui appartenait totalement au lieu, malgré le fait que j’étais un homme nu tenant une serviette et une bouteille d’eau comme des pièces juridiques de secours.

Nouveau craquement, pause, puis très lentement est apparue, depuis les buissons, la terrible créature sylvestre responsable de mon effondrement existentiel.
Un écureuil.
Pas un grand écureuil, un tout petit qui m’a regardé brièvement, avec ce que j’ai choisi d’interpréter comme une légère déception, puis a traversé le sentier avant de disparaître.
L’histoire aurait dû s’arrêter là.
Au lieu de ça, soulagé, j’ai ri, je me suis détendu trop vite et je me suis assis sur le rocher le plus proche avec l’assurance d’un naturiste aguerri. C’est là que j’ai appris deux choses à la fois : d’abord, le rocher était bien plus froid qu’il n’en avait l’air ; ensuite, il était beaucoup moins lisse que ce que mon optimisme à distance avait décidé.
Je me suis relevé avec nettement moins d’élégance que prévu.
À ce stade, tout ce qui restait de mon humeur de philosophe forestier avait disparu. J’étais là, à bondir loin d’un rocher glacial, à lancer des regards à un écureuil déjà passé à autre chose, et à tenter de retrouver la tonalité spirituelle de ma marche comme si de rien n’était.

C’est peut-être l’une des dimensions les plus honnêtes du naturisme. On parle de liberté, d’authenticité, de connexion à la nature, et oui, tout cela existe. Mais parfois, l’expérience naturiste réelle, c’est simplement ceci : on part en quête de transcendance et on rentre humblement remis à sa place par un écureuil et un mauvais choix d’assise.
Et c’est sain.
Le naturisme peut changer une vie, mais il est aussi merveilleusement humain. Le corps vous ramène très vite au réel. Une minute vous contemplez votre lien profond au monde naturel. La minute suivante, vous découvrez que la dignité a ses limites quand la pierre froide s’invite.
C’est peut-être ça, le charme. Le naturisme ne nous offre pas seulement de beaux moments. Il nous offre aussi des moments vrais. Et la vérité, malheureusement pour notre image, est parfois très drôle.
Réflexion
Le naturisme en extérieur peut être paisible, ancrant, discrètement profond.
Il peut aussi devenir une négociation entre vos idéaux et un rocher.
Dénudez-vous, restez nu·e, vivez nu·e et partagez l’amour du naturisme !




Expérience troublante : un jour me promenant nu dans un champ de maïs -à l’abri des regards avant de pratiquer la randonue- je suis tombé nez à nez ou presque avec un biche sortie du bois tout proche. Contrairement à ce qui se passe habituellement ou « l’animal sauvage » s’enfuit le plus vite possible, nous nous sommes observé quelques secondes, aussi surpris l’un que l’autre. Je pense que le fait d’être nu j’étais devenu pour cette biche un animal comme un autre au même titre qu’un lièvre, un faisan, ou un animal « domestiqué par les humains dans le pré d’a côté ». J’en garde un souvenir ému et me rend compte au fil du temps que la randonnue solitaire me permet de rencontrer beaucoup plus souvent les animaux dans la nature. Tout se passe comme si les animaux libres percevaient le vêtement comme une arme et ne sentaient plus l’odeur animale rassurante d’une autre espèce sauvage. Donc être nu vous permet de percevoir et voir la nature de façon plus approfondie et celle-ci vous le rend bien.
La randonue est donc pour moi une pratique écologiste qui diminue la pression factuelle des humains sur les animaux puisque cela leurs permet de ressentir l’humain comme faisant partie de la nature et non plus comme -toutes proportion gardée- dominant et envahissant la nature ».
Merci Jean-Michel pour ton témoignage. J’ai souvent croisé des animaux dits sauvages en randonue et la cohabitation m’a toujours semblé plus « naturelle », en tout cas, plus qu’avec nos semblables textiles.
Si les chasseurs étaient nus ils verraient les animaux sauvages d’une autre façon !
Ah, ah, ah ! Je ne suis pas anti-chasse, mais j’en arrive parfois à me demander lesquels sont les « sauvages »…
J »aimerais essayer la randonue, mais peut-ont se balader nu tranquillement sans être inquiéter face aux textiles , et que risque t’on vis à vis des lois ?