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    Le travail ordinaire du naturisme

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    Il existe une forme de malentendu qui revient sans cesse autour du naturisme. Les gens imaginent qu’il s’agit surtout d’un moment audacieux, d’une déclaration, du franchissement d’une ligne qui paraissait autrefois impossible. Cette part-là peut compter, mais ce n’est pas celle à laquelle je fais le plus confiance.

    Ce en quoi j’ai le plus confiance, c’est la part ordinaire. La part sans éclat particulier. La part où l’on décide simplement si l’on va s’asseoir sur la terrasse, préparer un café, répondre au message tout de suite ou après le petit déjeuner, aller nager avant que le vent ne se lève, rester un peu plus longtemps au soleil parce que le corps le demande. Le naturisme n’est pas seulement une philosophie. C’est une pratique quotidienne qui consiste à simplifier la vie là où elle peut l’être.

    C’est pour cela, je crois, que le naturisme devient le plus fort lorsqu’il cesse d’essayer de se mettre en scène.

    Si le corps doit toujours être annoncé, défendu ou expliqué, la journée finit par sembler encombrée. Si le but est de prouver quelque chose, le corps n’est plus simplement le corps. Il devient un message. Une épreuve. Un insigne. Un slogan. C’est beaucoup à porter pour aller jusqu’à la piscine.

    La meilleure version est plus discrète. La meilleure version, c’est lorsque la nudité n’est pas l’événement, mais la condition de fond qui permet à d’autres choses d’exister plus honnêtement. Une conversation. Un repas. Un peu de travail. Une baignade. Une marche. Une sieste. Un sentiment difficile qui n’a pas besoin d’être caché sous du tissu et de la précipitation. Le naturisme m’offre la possibilité de remarquer combien la vie ordinaire dépense d’énergie à faire semblant. Quand cette mise en scène tombe, la journée ne devient pas grandiose. Elle devient praticable.

    Voilà le vrai cadeau. Le fait qu’elle devienne praticable. Je ne dis pas cela de manière froide ou mécanique. Je le dis au sens humain. Une vie naturiste est utile parce qu’elle fait de la place à ce qui est réellement là. Le temps qu’il fait. L’humeur. La fatigue. Le soulagement. L’amitié. Le besoin d’ombre. Le besoin de repos. Le besoin de parler à quelqu’un sans faire comme si la conversation était plus dramatique qu’elle ne l’est.

    Le corps n’a pas besoin d’être interprété en permanence. Il peut simplement être là.

    Et quand cela arrive, autre chose devient possible : on peut cesser de se gaspiller dans la conscience de soi. Ce n’est pas une petite chose. La conscience de soi est coûteuse. Elle consume l’attention, et l’attention est l’une des rares choses dont nous n’avons jamais vraiment assez. Moins j’en dépense à me surveiller, plus il m’en reste pour vivre, remarquer et prendre soin.

    C’est aussi pour cela que j’aime tant la communauté naturiste. Non pas parce que tout le monde est d’accord sur tout. Ce n’est pas le cas. Non pas parce que chaque journée y est sans effort. Ce n’est pas vrai non plus. J’aime la communauté naturiste parce qu’elle rend à nouveau visible la vie ordinaire. Les gens restent des gens. Certains sont drôles. Certains sont silencieux. Certains sont trop fiers de leurs propres opinions. Certains sont plus gentils qu’ils ne le savent. Certains portent un chagrin. Certains apprennent à se détendre. Certains essaient simplement de traverser la journée sans devenir eux-mêmes un sujet de dispute.

    C’est cela, la vie.

    Sans la couche de représentation, il est plus facile de la voir.

    Le naturisme, à son meilleur, n’exige pas que nous devenions des versions idéales de nous-mêmes. Il nous offre un espace plus net dans lequel être des versions réelles de nous-mêmes. C’est une promesse bien plus pratique. Et ce sont les promesses pratiques auxquelles je fais confiance.

    C’est aussi pour cela que je reviens sans cesse à l’écriture sur le naturisme sous différentes formes. Certains jours, la meilleure manière d’aider est d’expliquer. Certains jours, c’est de réfléchir. Certains jours, c’est d’écrire de la fiction qui permet au lecteur de sentir la texture sociale de l’intérieur. La forme peut changer. L’aide de fond, elle, reste la même.

    Je veux que le naturisme paraisse vivable. Je veux qu’il paraisse ordinaire. Je veux qu’il ressemble à quelque chose qui aide la journée à mieux se passer, et non à quelque chose qui n’a d’importance que lorsqu’il faut le défendre.

    Voilà, pour moi, le travail ordinaire du naturisme. Continuer à rendre la vie plus praticable. Continuer à réduire la part du faux-semblant. Continuer à faire de la place au confort, à l’honnêteté et à une échelle humaine. Continuer à laisser le corps être ce qu’il est déjà : une part de la journée, et non son obstacle.

    Si nous faisons cela assez bien, le reste tend généralement à suivre de lui-même.

    Dénudez-vous, restez nu・e, vivez nu・e, et partagez l’amour du naturisme !

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