26 – Retrouvailles

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Précédemment

Comme prévu, l’arrêté municipal rendant le Bois de Chêne zone naturiste fut voté à l’unanimité. Celui étendant le lotissement et créant une zone naturelle naturiste aussi. Rives possédait désormais deux zones naturistes ouvertes au public et un lotissement d’une cinquantaine de parcelles, sur lequel la nudité serait encouragée et bien évidemment autorisée.

Didier, qui avait tout préparé de longue date, fit poser la signalétique l’après-midi même et l’association des naturistes organisa une randonue pour marquer le coup. Ils n’étaient qu’une petite dizaine malgré la fraicheur, mais le soleil était cependant de la partie et l’ambiance fut bon enfant. Didier en profita pour prendre de nombreuses photos qui iraient agrémenter le site web de l’association.

Dans les semaines qui suivirent, la zone naturiste attira les curieux et les naturistes qui voulaient profiter de cette zone naturelle dans laquelle on pouvait évoluer nu. Le pari de Guillaume semblait gagné. La fréquentation des gites et location saisonnière n’avait jamais été aussi haute hors saison. Sous la relative autorité de l’association, quelques voyeurs avaient été priés de rentrer chez eux, mais les comportements respectaient l’éthique naturiste. L’association était à pied d’œuvre pour l’organisation du premier week-end naturiste dans une des clairières du Bois de Chêne, pour fêter le retour du printemps.

L’événement était présenté comme le premier du genre. Quelques associations naturistes s’étaient jointes à celle de Rives et la fédération avait confirmé son soutien et sa présence. L’enthousiasme était bien là et Didier voyait les chiffres de participation s’envoler. Les campings de la région, naturistes ou non, se remplissaient à vue d’œil et toutes les locations, naturistes ou non, étaient prises d’assaut. Mais le plus surprenant fut le coup de fil que Babette reçut.

— Allo, interrogea-t-elle ?

— Élisabeth, c’est toi, dit la voix ?

Personne ne l’appelait plus Élisabeth depuis des années. En fait, la seule qui l’appelait ainsi était Fabienne, son amour de fac.

— Fabienne, c’est toi ?

— Ah, tu m’as reconnue. Je pensais que tu m’avais oubliée. Reléguée dans un coin sombre de ta mémoire.

— Comment aurais-je pu t’oublier ? Qu’est-ce que tu deviens ?

— Oh, c’est une longue histoire. Je pourrais peut-être te la raconter un de ces jours. En fait, je t’appelle parce que je viens par chez toi dans une quinzaine de jour et je voulais savoir si tu connaissais un endroit ou loger pour un week-end ?

— Tu viens à la maison. Hors de question que tu ailles ailleurs.

— Je ne t’appelais pas pour me faire inviter après toutes ces années de silence.

— Quelle que soit la raison, tu n’as pas d’autres choix que de venir à la maison. Qu’est-ce qui te fait venir par chez nous ?

— Tu as dû entendre parler du week-end naturiste organisé à Rives-sur-Bellongues.

— Oui, je ne peux pas ne pas en avoir entendu parler, je suis conseillère municipale du village.

— Oh, je ne savais pas. Tu es à l’origine de la zone naturiste alors ?

— On ne peut pas vraiment dire ça, mais tu es naturiste ?

— Oui, c’est la longue histoire que je te raconterai. En tout cas génial. Ça me fait plaisir de te revoir.

— Moi aussi. Tu viens en voiture ?

— Oh non, en train, puis à vélo.

— Tu ne veux pas que je vienne te chercher à la gare ?

— Non, ne t’inquiète pas, je voyage avec mon vélo électrique. Je t’envoie mon horaire d’arrivée par texto. Ça me fait super plaisir de te revoir.

— Moi aussi Fabienne. Bon, ben, à dans quinze jours alors.

— À dans quinze jours, amore mio.

Babette raccrocha, troublée par ces deux derniers mots prononcés en italien, mon amour. Une vague de souvenirs l’envahit. Cette première nuit qu’elle avait passée dans les bras d’une femme. Ces sentiments qu’elle avait ressentis et qu’elle avait enfouis, tout au fond d’elle-même, par pure convention familiale.

Elle ouvrit l’explorateur internet de son téléphone et tapa les mots naturisme et Rives dans le moteur de recherche. La première page qui apparut fut celle de l’Association des Naturistes de Rives. Elle cliqua sur le lien et la page d’accueil s’afficha. La page d’accueil du site était consacrée au week-end naturiste qui aurait lieu le week-end du 22 mars, pour fêter l’arrivée du printemps, dans la clairière dite des campairols, du Bois de Chêne. Diverses activités étaient prévues, dont une randonue, un jogging nu, des séances de yoga, de reiki, des ateliers de massage, de musique, de nutrition, de théâtre et même en concert, le tout dans une nudité simple au sein de la première zone naturiste et naturelle de France, précisait le site. Elle ferma l’application et sourit en pensant à la venue de Fabienne.

Les quelques mois qui séparaient le coup de fil que Babette avait reçu, l’accident vasculaire cérébral de son père, l’arrêté municipal autorisant le naturisme sur la commune et la fête naturiste du printemps avaient été intenses pour Babette. Entre la vigne et ses fonctions municipales, elle n’avait pas eu beaucoup de temps de penser à elle et à la visite de son amie. Le vendredi matin, elle s’éveilla de bonne heure, comme à son habitude, se leva et en ouvrant les volets fut accueilli par le disque rouge du soleil sur l’horizon sur un ciel azur. La météo avait annoncé grand beau temps pour tout le week-end et des températures printanières, dignes plus du mois de mai que de celui de mars. La première pensée qui lui vint était que Guillaume et ses naturistes avaient de la chance. Ils n’allaient pas greloter.

Il avait informé le conseil des préparatifs de la fête qui était organisée par l’association des naturistes et indiqué que la commune allait accueillir quelques centaines de personnes, que tous les gites et locations des alentours étaient complets pour ce week-end et que Didier, le président de l’ANR ferait un compte-rendu des retombées économiques de l’événement. Babette ne pouvait qu’être impressionnée positivement par cette initiative qui semblait avoir reçu un excellent accueil du public. Elle souleva cependant les points de la sécurité, du nettoyage et des dégradations possibles de la clairière et des bois, ce à quoi Guillaume répondit avec les détails de l’organisation. Tous ces points avaient été pris en considération et des bénévoles des associations naturistes participantes en étaient responsables.

Babette regarda sa montre. Elle avait quelques heures avant l’arrivée Fabienne, prévue en début d’après-midi. Elle chaussa une paire de baskets, enfila un short et un t-shirt et partit faire une séance de marche nordique dans ses vignes. Elle aimait particulièrement ces petits matins où l’atmosphère encore diaphane semblait accompagner sa respiration. Un lapin de garenne traversa le chemin qu’elle parcourait et un couple de bécasse s’envola. Elle se dit que si elle avait eu son fusil, ces animaux sauvages auraient fini dans son assiette, ce qui lui rappela la désagréable discussion qu’elle avait eue avec Guillaume autour des dates d’ouverture de la chasse qu’il voulait restreindre sur le territoire de Rives. De futures discussions houleuses en perspective se dit-elle, en se promettant de ne rien lâcher pour un de ses loisirs préférés.

Alors qu’elle prenait son café sur la terrasse à côté de la piscine encore bâchée, la sonnette de la grille retentit. Le cœur de Babette marqua l’événement en bondissant dans sa poitrine. Elle se leva et partit accueillir ce qu’elle soupçonnait être Fabienne. Elle n’avait pas changé, se dit-elle. Pourtant quelques années s’étaient passées. Fabienne n’était pas grande, avait un corps athlétique, un peu masculin aurait-on pu dire, s’il n’avait pas eu une poitrine on ne peut plus féminine. Brune, aux cheveux coupés courts, ses yeux verts pétillaient et ses fines lèvres soulignées d’un rouge carmin éclairaient son visage. Elle posa son vélo sur sa béquille et embrassa Babette sur les deux joues, puis la prit dans ses bras.

— Qu’est-ce que je suis contente de te revoir, dit Fabienne en regardant Babette dans les yeux.

— Moi aussi, je suis contente de te revoir, après toutes ces années. Mais tu dois avoir soif après ces kilomètres. Viens te reposer. J’étais en train de prendre un café au soleil, tu veux quelque chose à boire ?

 Babette montra le chemin à Fabienne et les deux femmes s’assirent sur le salon d’extérieur que Babette avait fait préparer pour son amie.

— C’est magnifique ici, Babette, dit Fabienne en tournant la tête pour essayer d’embrasser la vue en totalité.

— Oui. C’est le domaine familial. La vigne que tu vois tout autour nous appartient, depuis trois générations maintenant.

— Et c’est toi qui t’occupes de tout ?

— Oui, depuis l’accident de papa, c’est moi qui fais tout. Enfin, avec tout le personnel et des saisonniers. On a plus de cent-vingt hectares. Je te ferais visiter pendant le week-end.

— Si on a le temps, la coupa Fabienne. J’ai regardé le programme de la fête et il semble qu’on va être bien occupés.

— On, reprit Babette ?

— Ben oui, tu viens avec moi, non ?

— Je ne suis pas certaine de vouloir me retrouver au milieu de tous ces culs-nus, le mot lui avait échappé, enfin naturistes, je veux dire.

— J’en conclus que tu n’es pas naturiste, donc ?

— Non, pas franchement.

— Ce n’est pas grave, je pense que ce week-end sera une excellente occasion de découvrir ce magnifique art de vivre. Quand tu vois ce soleil et cette magnifique nature, je n’ai qu’une envie, c’est de me dénuder.

— Tu es chez toi ici, tu fais comme tu veux, répondit Babette.

— Non, je ne vais pas te gêner en me déshabillant. J’ai le temps. Et puis on a du temps à rattraper.

— Ça c’est vrai, raconte-moi ce qui t’est arrivé depuis les bancs de l’école.

L’après-midi fut occupée par les histoires que les deux femmes avaient à se raconter et une longue balade au milieu des vignes. Alors qu’elles marchaient, Fabienne prit la main de Babette qui se laissa faire, puis s’arrêta et posa ses lèvres sur celles de son amie. Leurs langues se trouvèrent et là, en pleine campagne, le manque de cet amour enfoui ressurgit.

— Tu m’as manquée, dit Fabienne. Quand je t’ai vue sur le perron de ta maison, je l’ai pris en pleine face.

— Tu m’as manquée aussi, répondit Babette, qui embrassa de nouveau Fabienne. Et je crois que j’ai envie de toi, viens.

Elle prit Fabienne par la main et se dirigea vers un petit bois sur qui occupait une colline entourée de vigne. À l’orée de ce petit bois, sur un tapis de mousse, les deux femmes s’aimèrent pour la première fois depuis qu’elles s’étaient découvert des années auparavant.

Après avoir fait l’amour, Fabienne était allongée, nue, sur le dos, la tête de Babette posée sur son épaule.

— C’est tout juste comme je l’avais imaginé, dit-elle en brisant le silence.

— Tu avais imaginé quoi, demanda Babette ?

— Nos retrouvailles. J’aurais juste dû t’appeler plus tôt.

Babette ne répondit pas, se contentant de sourire. Elle avait retrouvé son amour de jeunesse et se dit qu’elle n’allait pas la laisser repartir cette fois, si elle le pouvait.

— Tu sens le bonheur d’être nue dans la nature, demanda Fabienne ?

— Je sens le bonheur d’être avec toi.

— C’est vrai, amore mio, répondit-elle en tournant sa tête vers celle de Babette en l’embrassant sur les lèvres. Mais sens ça, continua-t-elle en se levant. Cette sensation d’être en vie, fragile et heureuse, dans la tenue la plus simple et la plus confortable qui soit.

Babette regarda Fabienne tourner sur elle-même dans le soleil qui commençait à descendre. Elle la trouvait belle. Fabienne tendit la main à Babette.

— Viens, lève-toi, sens le vent et le soleil caresser ta peau.

C’est vrai, se dit Babette, qu’elle était bien, nue elle aussi, face aux rayons du soleil qui réchauffait cette petite sensation de fraicheur qu’une petite brise apportait. Elle sourit à Fabienne.

— Demain, tu viens avec moi Babs.

Personne ne l’avait appelé Babs depuis ses études, se dit Babette en entendant Fabienne l’appeler ainsi.

— On verra, répondit-elle, en pinçant les lèvres.

— C’est tout vu, Babs.

— On en reparlera. Rentrons maintenant, on a juste le temps de rentrer avant la nuit.

— Ça te dérange si je marche nue ?

— Non, mais ne me demande pas de t’accompagner, je me rhabille.

— Tu fais comme tu veux, mais tu ne sais pas encore ce que tu perds.

— Je ne sais pas si j’ai envie de savoir ce que je perds, répondit Babette en attrapant sa culotte.

— Tu le sauras bien assez tôt, répondit Fabienne en s’étirant face au soleil !

À suivre…

2 COMMENTS

  1. Bonsoir ! Juste une petite remarque sur ce petit paragraphe :

    — Oh, c’est une longue histoire. Je pourrais peut-être te la raconter un de ces jours. En fait, je t’appelle parce que je viens par chez toi dans une deux mois et je voulais savoir si tu connaissais un endroit ou loger pour un week-end ?

    Fabienne dit à Babette  » à dans un ou deux mois « . Puis plus loin , à dans quinze jours …

    Merci et bonne continuation …

    Patrick

    • Merci Patrick d’avoir repéré cette incohérence. Elle est corrigée… J’en trouverais sans doute d’autres à la relecture pour la mise en forme des versions électroniques et papier…

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