10 – L’Association des Naturistes de Rives-en-Bellongues

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Précédemment…

— Voilà, s’exclama Didier en brandissant une feuille de papier. L’ANR, l’Association Naturiste de Rives, existe !

Au lendemain de la cyclonue, Gilles et Mélanie avaient lancé les démarches pour créer une association naturiste sur la commune de Rives. Soutenue par Anne, Guillaume, et quelques autres Rivaines et Rivains, Didier, un des bons et vieux amis de Guillaume avait accepté d’en être le président, Anne la trésorière et Marie la responsable communication.

Adhérant au principe fondamental du naturisme: « le naturisme est une manière de vivre en harmonie avec la nature caractérisée par une pratique de la nudité en commun qui a pour conséquence de favoriser le respect de soi-même, d’autrui et de l’environnement », l’objet de l’association était de :

  • fédérer les personnes physiques et morales se reconnaissant dans le principe fondamental du naturisme cité en préambule ;
  • développer le naturisme et coordonner les actions sur la base du principe fondamental cité en préambule, en dehors de toute prise de position politique ou confessionnelle, en entreprenant toute action susceptible de promouvoir les bienfaits du naturisme et de défendre ses valeurs ;
  • redonner à la nudité ses lettres de noblesse en prônant son caractère fondamentalement naturel, bienfaisant, désintéressé, intergénérationnel, dépouillé de toute notion à caractère sexuel ;
  • mettre en place des actions d’information, de formation et de sensibilisation au naturisme en direction du plus grand nombre, des familles et des jeunes ;
  • valoriser toutes démarches culturelles, sportives, socio-éducatives tant sur le plan communal, régional et national (l’A.N.R. est membre de la Fédération Française de Naturisme) dans lesquelles le naturisme est présent et mis en valeur ;
  • défendre les intérêts du naturisme auprès des pouvoirs publics et des organismes officiels et se tenir à leur disposition pour les renseigner ;
  • assurer la défense de tout adhérent de la fédération dans le cadre de la pratique du naturisme conformément à ses statuts ;
  • œuvrer de façon soutenue, à une meilleure connaissance de la nature et de sa protection, soit par des actions directes, soit en liaison avec des organismes pour lesquels la nature et/ou sa protection sont leur raison d’être ; 
  • informer et inciter ses membres au respect de la législation française.

Inspirés des statuts de la FFN, l’ARN allait mener les actions de promotions du naturisme sur le territoire de la commune et porter la proposition de faire de Rives une commune naturiste. La mairie proposa à son président d’installer une permanence dans les anciens locaux de l’office de tourisme laissé vacant.

L’avantage du local est qu’il était situé sur la zone commerciale fréquentée non seulement par les Rivaines et les Rivains, mais par les habitants des alentours et les touristes. Cela allait permettre d’offrir une visibilité accrue à l’association. Afin d’éviter de risquer de se faire accuser de favoritisme, Guillaume fit envoyer un courrier à toutes les associations enregistrées sur la commune (il y en avait trois, en plus de la nouvelle ANR) pour leur proposer le local à titre gracieux. Aucune ne répondit sauf, sans surprise, l’ANR.

Marie et Anne prirent à coeur de décorer le local. La FFN offrit quelques posters tirés de sa campagne contre la honte du corps, la mairie d’anciens bureaux et fauteuils en bon état, et Marie un canapé, deux fauteuils et une table basse dont elle n’avait plus besoin. Quelques numéros de Naturisme Magazine et de la Vie au Soleil étaient posés sur la table.

Didier posa quelques étagères sur lesquelles une série de livres sur le naturisme trouvèrent naturellement place. Quand tout fut prêt, les membres fondateurs inaugurèrent le local: journée porte ouverte, distribution de documents sur le naturisme, inscription de membres et vin d’honneur. Si le succès fut timide, à peine une vingtaine d’inscrits, il fut d’estime.

Le succès de la cyclonue avait interpelé les villageois, mais pas au point de les faire devenir naturistes. Guillaume savait que cela demanderait du temps et de la pédagogie. Cependant, le mouvement était lancé.

Tous les après-midi et les samedis, une permanence était assurée au local. Quelques curieux s’arrêtaient devant, certains rentraient pour se renseigner, mais peu prenaient leur carte de membre. Cela viendrait disait Didier, il fallait continuer à œuvrer. Il proposa une série de conférences sur le naturisme, l’hygiénisme et la santé. Un calendrier sur proposé et publié sur le site web de l’association et envoyé par voie postale à tous les villageois.

La commune mettait la salle des fêtes à disposition des associations et l’ANR en tira parti. La première conférence, sur l’histoire du naturisme, attira quelques curieux, une dizaine tout au plus, les membres de la première heure. La seconde, sur l’alimentation bio, fit salle comble. Elle était animée par un médecin naturopathe qui, sans être radical, savait expliquer les bienfaits d’une alimentation physiologique et les moyens de la mettre en oeuvre. Il fit le lien entre alimentation saine, exercice physique et nudisme de façon didactique. Les questions plurent et, ce soir-là, l’ANR enregistra une vingtaine de nouvelles inscriptions, donc la moitié venant d’habitants de village aux alentours.

Ce qui surprit cependant Didier fut l’intérêt pour l’ouverture de structures touristiques naturistes. De nombreux loueurs de maisons, gites ou chambres chez l’habitant vinrent à l’association pour se renseigner sur les locations naturistes, conscients de leur intérêt économique. Il était passé chez Anne et Guillaume, après avoir assuré la permanence du mercredi après-midi.

Il arriva à la ferme, Anne faisait faire les devoirs aux enfants pendant que Guillaume était en grande discussion avec Simon.

— Bonjour, je ne dérange pas, demanda-t-il en tapant au carreau de la fenêtre ouverte sur la salle à manger ?

— Non, Didier, entre. Je finissais avec Matthieu et Agnès. Vous terminez les exercices tout seuls, les enfants, je vais voir Didier.

Anne se leva et vint à la rencontre de son ami. Comme à son habitude, il rentra dans la maison et accrocha ses affaires au porte-manteau pour se retrouver en tenue de peau en moins de temps qu’il fallait pour écrire cette phrase. Il fit la bise à Anne qui lui proposa de venir s’assoir sur la terrasse pendant qu’elle préparait à boire et à grignoter.

— Installe-toi au salon dehors. Il y a des serviettes près de la porte d’entrée. Sers-toi, je te rejoins. J’appelle Guillaume.

La ferme des Pétrie était la maison du bonheur naturiste. Si on y vivait nu la plupart du temps, les portes y étaient ouvertes et tout visiteur était bienvenu. Les visiteurs étaient invités à faire l’expérience du nudisme en laissant leurs vêtements à l’entrée. Tous, ou presque, s’y prêtaient volontiers. Les quelques réticents se voyaient offrir des documents sur le naturisme qui en expliquait les bienfaits. Au fil des ans, Anne et Guillaume avaient converti tous leurs amis et les membres de la famille d’Anne.

Anne n’étant pas naturiste avant sa rencontre avec Guillaume, elle avait été un peu réticente au début d’en parler à ses parents et à ses sœurs. Suivant les conseils de Guillaume, elle l’avait laissé introduire le sujet auprès de ses parents et elle avait mené la discussion avec ses sœurs et ses beaux-frères.

Ses parents furent un peu incrédules au début. Ils posèrent de nombreuses questions, redoutant que leur fille ne se soit fait embarquer dans des pratiques sexuelles que la morale réprouve. Mais Guillaume avait été clair et bienveillant. Son coup de maitre, si on peut le qualifier comme tel, avait été de les inviter à passer un week-end à la ferme et à déjeuner avec ses parents.

Si la journée avait débuté textile, le passage à la piscine avait été une découverte du naturisme pour les parents d’Anne. Ceux de Guillaume avaient expliqué pendant le déjeuner que toute la famille était naturiste depuis des années et qu’ils étaient bienvenus de laisser tomber leur maillot à la piscine. Guillaume et ses parents se mirent nus sans honte ni gêne sous les yeux un peu étonné et gêné des parents d’Anne. Ce fut la mise à nue de leur fille qui les gêna sans doute le plus.

Anne en avait parlé à Guillaume qui lui avait dit qu’elle avait le choix de se dénuder ou pas. Il respectait sa liberté. Le bonheur et le confort de la nudité eurent raison de ses appréhensions. Si le début de cette première après-midi au bord de la piscine laissa une drôle d’impression aux parents d’Anne, la suite, avec la proposition de promenade dans la campagne en tenue de peau fut accueillie avec une surprise encore plus grande.

Les parents et les enfants partirent nus sur les chemins, accompagnés par les parents d’Anne en short et t-shirt. Le naturisme fut le sujet sur tout le trajet. Huguette et Henri, la mère et le père d’Anne, bombardèrent Charles et Sylviane de questions sur le naturisme. Ces derniers y répondirent de bonne grâce en en vantant les nombreux mérites. Huguette et Henri confièrent à leurs hôtes qu’ils avaient passé une semaine au village naturiste de Leucate quand les filles étaient petites, mais qu’ils n’avaient jamais reconduit l’expérience.

Personne ne sut réellement ce qui les convainquit de « reconduire l’expérience », mais de retour autour de la piscine, les maillots tombèrent et tous se retrouvèrent en tenues d’Adam et d’Ève. Anne fut surprise de la rapidité de la conversion de ses parents, pourtant assez conservateurs. Elle en fut surtout ravie et se servit de l’événement quelques semaines plus tard pour introduire le sujet auprès de ses sœurs.

Elle posa un plateau rempli de bâtonnets de légumes, de kombucha et de jus de fruits.

— Comment vas-tu Didier et comment était ta permanence ?

— Super bien. En fait, c’est de la permanence dont je voulais vous parler à Guillaume, et à toi bien sûr.

— Je vais l’appeler et tu vas nous raconter tout ça.

Guillaume prit son temps pour rejoindre Didier et Anne. Il était préoccupé depuis quelque temps. Les idées les plus folles occupaient son esprit et semaient le doute que les premiers événements auraient dû éloigner. Mais son inquiétude croissait, sourde aux encouragements de ses famille et amis.

— Salut Didier. Que nous vaut l’honneur de ta visite ?

— Salut Guillaume, dit Didier en se levant pour faire la bise à son ami. Je ne pouvais pas garder pour moi que j’ai signé le centième membre de l’asso pour faire de sa maison de location une location naturiste.

— C’est génial, dit Guillaume en tentant d’être enthousiaste à la nouvelle.

— C’est une excellente nouvelle mon chéri, ajouta Anne. Ne sois pas si angoissé.

— Je ne suis pas angoissé, je trouve que tout va trop vite. Tout est trop beau pour être vrai.

— Didier, dit Anne, la discussion de l’arrêté municipal devant faire de Rives une commune entièrement naturiste doit avoir lieu demain. Ça explique sans doute son air un peu tendu.

— Ça va bien se passer Guillaume. Tu ne devrais pas te faire autant de mouron. 

— Merci, Didier, on verra bien comment Babette va réagir. Je crains le pire.

— Moi je te dis, qu’elle ne va pas piper mot.

— On verra.

Suite…

4 COMMENTS

  1. C’est vrai que tout semble aller trop vite! Le nouveau maire devrait certainement s’occuper aussi des autres problèmes à régler dans la Commune. Le projet « village naturiste » ne peut d’emblée être imposé à la population, même si au Conseil communal se dégageait une majorité en sa faveur. Il y va du respect des droits et convictions des minorités. Aux Pays-bas, on avait parlé d’un hameau tout entier mais nouvellement construit où la population savait dès le départ, c’est-à-dire au moment où les logements seraient mis en vente que la nudité simple y serait possible. (J’y suis allé voir une seule fois et tout le monde était habillé). Suggestion: Est-ce que, pour rendre le récit plus vraisemblable, tu ne pourrais pas envisager une nouvelle zone de lotissement naturiste, plutôt que tout un village?
    Cordialement,
    Jean Paul.

  2. Réponse à Jean-Paul ! Il est évident que le fait de transposer ce village « imaginaire » en village naturiste est purement irréalisable. Laissons donc notre auteur poursuivre ses écrits dans la fiction ! J’envisage utopiquement d’acheter une parcelle ou un gîte à Babette pour y vivre nu . … Bonne continuation à Marc et bonne lecture à Jean-Paul

    • Merci Patrick. De l’utopie à la réalité, cela ne fait que me donner des idées supplémentaires pour apporter quelques rebondissements à l’histoire. Merci de tes encouragements.

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