15 – Un conseil municipal compliqué

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Précédemment…

— J’ai le regret de vous annoncer que j’ai décidé de retirer le projet de tolérance du naturisme sur le territoire de la commune.

Guillaume avait prononcé ces mots la mort dans l’âme. Il avait beaucoup réfléchi ces derniers jours et dans tous les sens où il tournait le problème, il ne voyait aucune issue. Ces futurs et potentiels démêlés judiciaires affaiblissait certes sa situation, mais c’était plus la pression politique qui l’empêchait d’être serein. Il en faisait même des cauchemars.

Il s’était vu plusieurs fois nu, pourchassé dans les rues de Paris par des hommes et des femmes politiques qui lui couraient après aves des arcs et des flèches, des AK 47 ou de simples cailloux qu’ils lui lançaient. Il se voyait à l’Elysée, toujours nu, dans le bureau du Président, filmé en gros plan avec une espèce de monstre à la Alien qui le torturait. Il se réveillait à chaque fois de ces cauchemars en sueur.

Il en avait discuté avec Didier, avec certains de ces conseillers municipaux et il avait appelé la présidente de la FFN. Tous lui avaient conseillé de temporiser, de revenir sur le projet. La FFN avait particulièrement été directe en lui faisant comprendre que son soutien lui serait enlevé s’il persistait à vouloir garder son projet. Il se sentait abandonné de toute part et était un peu amer. Mais il n’eut pas le choix. Du jour où il prit sa décision, ses cauchemars cessèrent et son calme revint. Anne retrouva alors un mari apaisé. Triste, sans aucun doute, mais libéré de cette pression qu’il n’avait pas demandée.

— En revanche, continua-t-il, je souhaitais discuter d’un autre projet ayant trait au naturisme. De deux projets en fait. Le premier concerne de l’autorisation qui serait faite du naturisme dans la zone appelée communément le Bois de Chêne. Sur le modèle de l’espace naturiste du Bois de Vincennes, à Paris, le Bois de Chêne pourrait devenir un espace naturiste dans lequel la nudité simple serait autorisée et sous un contrôle bienveillant de l’association des naturistes de Rives.

— Et le second, le coupa Babette, sur un ton de défiance ?

— Le second concerne le nouveau lotissement dont ma prédécesseure avait en gestation. Je propose d’agrandir la zone de lotissement, tout en la rendant en partie non constructible pour en faire une partie naturiste, accueillir un camping naturiste et préserver une zone naturelle et naturiste jusqu’à la rivière.

— Putain Guillaume, on peut parler d’autres choses que de tes désirs de culs nus. Il y a d’autres choses plus urgentes dans la commune, le système d’assainissement, l’agrandissement de la zone commerciale, celle de l’ehpad, pour ne citer que celles-ci.

— Elles sont à l’ordre du jour Babette. Si tu prenais le temps de le lire avant de venir au conseil, lui rétorqua d’un ton sec Guillaume. Nous pouvons d’ailleurs passer aux points suivants. Josette vous distribuera les éléments de ces deux projets, y compris les estimations budgétaires nécessaires. Sachant que l’extension du lotissement rapporte plus qu’il ne coute et que la création d’un espace naturiste ne coutera rien à la commune, l’association des naturistes de Rives ayant accepté de prendre à sa charge la création des panneaux délimitant la zone et la rédaction du règlement intérieur. Passons donc à la suite si vous le voulez bien.

Guillaume fut chahuté par Babette et ses soutiens pendant tout le conseil. Elle contrait systématiquement les projets, y compris ceux dont elle avait été à l’origine. Elle faisait de l’obstruction sur tout. Elle qui avait alpagué Guillaume sur les projets importants, elle ne le laissait pas respirer pour le mener à bien. Elle jouait son propre jeu, comme elle l’avait toujours fait.

Emile, du temps où il était maire, faisait régner une ambiance de terreur au sein du conseil municipal. Au point que, à ce qu’avait raconté Josette qui était secrétaire depuis plus de vingt-cinq ans, il ne faisait plus voter les résolutions. Il les proposait, demandait si quelqu’un avait quelque chose à dire, ce qui n’était jamais le cas et donc entérinait les décisions. L’avantage est que les conseils ne duraient jamais longtemps.

Babette avait appris auprès de son père, comme première conseillère pendant des années, avant de devenir maire. Elle avait continué cette tradition. Il se disait que du liquide circulait pour faire taire les oppositions. À la fois de l’argent liquide et des caisses de vin, sans capsule congé. Facile pour un viticulteur qui faisait d’une pierre deux coups. Cependant, rien n’était prouvé.

Quand Guillaume était rentré au conseil municipal avec une étiquette Europe-Écologie-Les Verts, il avait été choqué des attitudes dictatoriales de Babette et de ses conseillers. À chaque fois qu’il demandait des éclaircissements sur un dossier, elle noyait le poisson, racontait des histoires abracadabrantes, puis passaient outre toutes les remarques. Mais il avait à coeur le bien-être du village et faisait passer ses sentiments négatifs envers Babette au second plan. Il n’aurait cependant jamais pensé faire de l’obstruction pour de l’obstruction comme Babette le faisait. Il avait l’impression qu’elle ne discutait que pour retarder le vote et ensuite semer le doute auprès des habitants sur sa capacité à diriger le village.

Il avait commencé à recevoir des plaintes et des récréminations de plus en plus fréquemment d’habitants qui lui avaient pourtant apporter leurs voix. Il constatait aussi des dégradations plus fréquentes de bien communaux, comme les fleurs arrachées dans les bacs qui embellissait la partie médiévale du village, des tags sur les trottoirs et les murs ou des poubelles renversées et éparpillées sur la chaussée. Ces incivilités, toujours sans coupable, menaient à mal les services de la commune et faisait parler les habitants.

Des voix se faisaient entendre sur le fait que « c’était mieux avant ». Les Rivaines et les Rivains s’étaient laissés séduire par Guillaume, mais étaient de plus en plus déçus et remettaient en doute sa capacité à diriger la ville. Il entendait ses rumeurs et elles affectaient son moral. Ajoutées au retrait de son projets, elles avaient raison de son moral et il commença aussi à douter de ses compétences.

Babette proposa qu’on implante des caméras de télésurveillances pour trouver les coupables des dégradations. Guillaume avait du mal à contrer ce genre de demandes, dont le budget endetterait la ville pour des années. Il restait à penser, par exemple, que ces caméras n’étaient pas la solution, mais il était pressé d’agir.

Alors que Babette discutait des points de détail sur le projet d’extension de la zone commerciale, Guillaume consulta sa montre. Il était déjà près de midi et ils n’avaient pas fini le premier point de l’ordre du jour. Ce qui aurait du prendre deux heures en totalité en était déjà à près de trois et pour un seul point. Il se décida à intervenir.

— Babette. Je comprends ces discussions et je te remercie d’apporter ces demandes d’éclaircissement au conseil. Cependant, si tu continues ces méthodes dilatoires, je serais forcé d’en finir et de procéder au vote. Je te propose que nous ajournions exceptionnellement ce conseil, que tu fasses part de tes remarques par écrit, que nous les fassions passer aux commissions concernées et que nous gardions les conseils pour voter, pas pour s’étriper sur des points des détails.

— Mais ce ne sont pas des points de détails Guillaume. Ce sont des points essentiels des résolutions et des arrêtés qui s’ils ne sont pas clarifiés pourraient coûter beaucoup d’argent à Rives. Tu sembles sous-estimer le travail nécessaire au bon fonctionnement de la commune.

Voilà sa stratégie se dit Guillaume. Elle avance maintenant à découvert. Ses méthodes dilatoires ne sont là que pour décrédibiliser mon action. Quoi que je fasse, elle trouvera à redire, à ralentir les décisions et à le mettre en défaut.

— Je ne sous-estime pas le travail nécessaire. Au lieu de contrer ce qui te semble ne pas aller, je te propose de faire partie des commissions en question, d’épauler les jeunes conseillers, de leur faire part de ton expérience.

— C’est ton rôle Guillaume, plus le mien, répondit Babette en haussant les épaules. Mais allons-y, ajournons. Je verrais tes commissions dans la semaine et nous verrons si nous sommes en capacité de voter, continua-t-elle sur le ton hautain qu’elle semblait particulièrement affectionner. 

Les conseillers s’en allèrent tous sauf un, proche de Guillaume, qui attendit de se retrouver seul avec lui pour lui addresser la parole.

— Guillaume, je peux te parler ?

— Oui, qu’y a-t-il Bastien ?

— Eh bien voilà, c’est assez délicat.

— Oui, vas-y, n’aie pas peur, incita Guillaume qui voyait le jeune homme hésité.

— Il parait que tu es mis en examen pour exhibition sexuelle. En tout cas, c’est ce qui se dit.

— Ah oui, s’étonna Guillaume ? Qui dit ça ?

— Tout le village.

— Ah bon, tout le village ?

— Enfin, je ne sais pas si c’est tout le village, mais ça parle dans ton dos. Je voulais savoir si c’est vrai.

— Écoute Bastien. Je t’aime bien et tu fais un bon boulot à la mairie. Je te l’ai déjà dit par ailleurs. Je ne suis pas mis en examen. J’ai été convoqué à la gendarmerie parce qu’un habitant de la commune a porté plainte contre moi, alors que je faisais du vélo nu. Tu me connais depuis longtemps. Tu sais que je suis naturiste. Tu crois franchement que je suis un exhibitionniste ?

— Non Guillaume, je ne crois pas, mais je voulais que tu saches que les gens parlent. Certains veulent que tu démissionnes et que Babette retrouve son fauteuil.

— Ça n’arrivera pas Bastien. Si je démissionnais, c’est le premier adjoint qui deviendrait maire, pas Babette. Je vais te donner un conseil d’ami. Qui que ce soit qui véhicule de telles rumeurs, dis-lui que c’est faux, qu’il n’y a pas de mise en examen et que je tiens mon rôle de maire. Tu as vu comment Babette et sa clique se comportent. Ce sont de vrais voyous. Il nous en veulent de leur avoir pris le pouvoir et ils sont prêts à tout pour discréditer mon action. Alors, tu diras que je suis là et que j’y reste. Que je mets tout en oeuvre pour que Rives retrouve la paix, que l’on trouvera qui vandalise la commune et que les Rivains verront bientôt les conséquences positives de nos actions. C’est compris ?

— Oui, j’ai confiance en toi Guillaume.

— Merci Bastien. On va y arriver, ne te fais pas de bile.

Bastien serra la main de Guillaume et sortit de la salle du conseil. Guillaume se rassit, de nouveau en proie au doute. Le poison de Babette était rentré dans son propre camp. Il avait le devoir de reprendre la main et c’est ce qu’il allait faire.

Suite…

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